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Supplice

   
 

 

 

 

«Ne jouis pas d’ici notre prochain rendez-vous.» Ces mots tournent dans ma tête comme un refrain lancinant. M’imaginer sa voix, son ton doux mais ferme prononçant ces mots, suffit à faire naître mon désir. Un réflexe, je glisse mes mains dans ma culotte, mais l’interdit est trop fort, mes doigts ressortent, sans s’être glissés entre mes lèvres. Je marche, je fais les cent pas pour évacuer le désir, mais chaque pas fait rebondir mon sexe lourd, le réveille sans l’assouvir, chacun de mes mouvements fait tressauter mes seins aux pointes dressées. La nuit est lourde, je sors dans la ville, j’entre dans un bar, les filles sont belles, mais toujours ces mots «Ne jouis pas d’ici notre prochain rendez-vous.» qui occupent mon esprit, qui l’habitent tout entier, qui coulent dans mon corps et le mettent en feu. Je vais danser. Les filles se collent à moi, on dirait qu’elles me veulent toutes, soudain, et, de fait, je les prendrais toutes là, sur le champ, sur la piste de danse, au rythme saccadé de la musique techno, sous les spots qui jettent sur nous des traits de couleur. Mon entrejambe est tout humide de mon désir inassouvi, le sexe me brûle et sa chaleur se répand en moi, cela part de mon pubis, puis remonte dans mon ventre, jusqu’à mes seins, qui se durcissent sous l’emprise du désir. «Ne jouis pas d’ici notre prochain rendez-vous.» Le frottement de mon jean sur ma vulve m’est intolérable, je le déchirerais, le taillerais en pièce, je me coucherais sur le bar, renversant tous les verres, je descendrais mon pantalon, j’écarterais les jambes bien grandes et j’enfoncerais ma main entre mes cuisses pour me caresser, pour presser mon clitoris gonflé, pour jouir sur le zinc, sous le regard de toutes ces femmes qui me regarderaient, qui jouiraient tant mon orgasme serait puissant. «Ne jouis pas d’ici notre prochain rendez-vous.» Notre prochaine rencontre virtuelle aura lieu dans une semaine. Dans sept jours, si tout va bien, si elle est fidèle au rendez-vous, si elle n’a pas changé d’idée, je verrai apparaître sur l’écran de mon ordinateur ces mots : «Maintenant jouis.» Et, remplie de gratitude, je plaquerai mes mains sur mon sexe humide d’une semaine de torture, je me caresserai farouchement devant l’écran, ma cyprine se répandra sur ma chaise de bureau, je m’effondrerai, en sueurs, en larmes. «Bonne fille.» Tels sont les mots qui s’afficheront sur l’écran. «Ne jouis pas d’ici notre prochain rendez-vous.»

 

   
         
   

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zibeline ©2003