Chapitre VIII
Surprise !

 
 

 

Après des heures de tourment et de veille, enfin, la directrice vint vers moi et me retira le bandeau. Elle se tenait au-dessus de moi, le peignoir entrouvert. « Et puis, as-tu passé une bonne nuit? As-tu fait de beaux rêves? » Elle tira sur le fil du vibrateur et ce dernier glissa hors de mon vagin. Elle retira le bandeau qui m’aveuglait, et me détacha les bras et les jambes. Elle, tendrement, elle me prit dans ses bras en glissant une main entre mes jambes. Je croyais mon sexe engourdi par toute cette nuit de torture, mais il se réveilla d’un coup. « Bonne petite fille, fit-elle en flattant mes cheveux. Si adorable et si courageuse. Est-ce que tu veux jouir pour moi maintenant? » J’émis un petit « oui » étouffé. Sa main se fit plus insistante sur mon clitoris. « Alors je te donne la permission de jouir. Jouis. Maintenant. » Elle me caressa plus fort. En moins de deux, j’atteignis l’orgasme et je jouis dans ses bras. J’éclatai en sanglots et elle me berça, en attendant que se tarissent mes larmes. Je m’abandonnai contre elle, conquise, reconnaissante.

Ce jour-là, après déjeuner, elle décida que je ne la suivrais pas au travail. La nuit m’avait laissée épuisée, et elle disait que j’avais besoin de sommeil. Alors, me passa un collier − un simple collier de chien en cuir noir − autour du cou auquel elle fixa une laisse, et elle m’attacha au pied de son lit, sur ma couche habituelle. La laisse était assez longue pour me permettre de me retourner sur mon grabat, mais pas suffisamment pour que je puisse me relever. Près de moi, elle posa une écuelle pleine d’eau. Elle promit de revenir me voir à midi.

La matinée s’écoula lentement. Il faut dire que dans cette pièce sans horloge et plongée dans la pénombre, je perdais la notion du temps. Je me sentais comme un animal en captivité, un animal bien traité, mais néanmoins privé de sa liberté. J’avais hâte d’être délivrée. Au moindre craquement, j’avais l’impression que c’était elle qui revenait et, chaque fois, mes espoirs étaient déçus. De plus, j’avais grand besoin d’aller à la toilette.

Enfin, au terme de ce qui me parut des heures, elle revint. « Mon pauvre chou, s’exclama-t-elle en entrant dans la chambre, je suis désolée, mais je n’ai pas pu me libérer avant. » Elle détacha ma laisse. Je n’avais qu’une seule envie, me précipiter aux toilettes. Mais je me rappelai à temps qu’il valait mieux rester polie. « Maîtresse, s’il vous plaît, est-ce que je peux aller aux toilettes?

– Bonne fille », répondit-elle. Et, inexplicablement, je ressentis une immense fierté. Je pus enfin me soulager. Je le fis en laisse, sous son regard attentif. Ensuite, selon son habitude, elle dit qu’il était temps de me laver. Elle me demanda de prendre une douche devant elle et de me caresser pour elle. Je m’exécutai de bonne grâce. Ensuite, il fallut que je la lave, puis nous nous séchâmes mutuellement.

Les jours filèrent ainsi, ponctués de joies et de vexations − qui me procuraient souvent du plaisir elles aussi. Moi, j’apprenais graduellement mon rôle et je faisais mon possible pour donner satisfaction à ma Maîtresse. Elle, de son côté, me traitait avec justice et discernement, compensant les châtiments par des délices encore plus grands.

Ce qu’elle aimait particulièrement, depuis le premier jour, c’était m’installer dans son bureau pendant qu’elle travaillait. Elle m’étalait et m’attachait sur un meuble et me jetait de temps à autre un coup d’œil. Cela paraissait la revigorer. Moi, d’être attachée sans pouvoir m’attoucher, cela me laissait tout excitée, et j’aimais ses regards qui me détaillaient jusqu’au plus profond de l’âme. Je faisais semblant de croire que j’occupais une fonction comme une autre, que, d’une certaine manière, j’avais mon utilité au ranch. Ce qui, au fond, était la stricte vérité.

Certains jours, elle me laissait rester dans ses appartements. Depuis les premiers jours, j’avais le droit d’éplucher sa bibliothèque personnelle et de me perdre dans les ouvrages les plus littéraires ou les plus pornographiques. Parfois, elle m’ordonnait d’aller prendre l’air. « Je veux une petite favorite éclatante de santé. Va t’oxygéner un peu, gorge-toi de soleil. Mais assure-toi de revenir avant cinq heures. » Ces jours-là, j’allais me balader dans les prés, mais je faisais bien attention de ne pas aller aux écuries, de peur de rencontrer Janine et son sourire moqueur.

Un soir, au bout de deux semaines, la directrice annonça que nous sortions. Pas au ranch, non, pas avec des clientes, passées, actuelles ou futures. Non, nous allions en ville, dans un vrai bar. Elle avait envie de voir du monde, disait-elle, et de m’emmener voir du monde et de m’exhiber devant le monde.

J’éprouvai une pointe d’appréhension. Je ne me sentais pas prête. Ce qui me gênait, ce n’était pas d’aimer ma relation avec la directrice, ce n’était pas de savoir qu’elle était tout pour moi, – même, dans ces conditions, à cause de ces conditions –; c’était qu’on me voie y consentir, m’y abandonner, en redemander ! Dans le vrai monde, si elle m’imposait le même traitement qu’au ranch, je mourrais de honte.

Elle me fit revêtir une nouvelle sorte de costume, qui rappelait celui d’une écolière. La jupe à carreaux, plissée, était très courte, et laissait voir ma culotte blanche. Le chemisier était de coton transparent, et si ajusté que les boutonnières tiraient. Dessous, le maillot était d’un tricot si fin qu’on apercevait aisément le dessin de mes mamelons. Avec mes mi-bas et mes chaussures à courroie, j’avais l’air du fantasme de quelque vieux libidineux hantant les sorties d’école. La directrice poussa la fantaisie jusqu’à réunir mes courts cheveux dans un élastique, auquel elle fixa une queue de cheval postiche. Elle-même revêtit une tenue austère; si elle voulait avoir l’air d’une institutrice d’un autre temps, c’était réussi. Puis nous montâmes dans sa voiture.

En venant au ranch – il y avait, me semblait-il, une éternité – j’avais brièvement aperçu la ville. C’était une agglomération de taille moyenne, assez grande pour qu’on y trouvât de tout, mais trop petite pour qu’on y bénéficiât de l’anonymat des cités. En effet, tout le monde ici, semblait connaître la directrice. Sans doute aussi que tout le monde était au courant de ses petites lubies, car personne ne s’étonna de ma présence.

Nous pénétrâmes dans un bar qui tenait plutôt de la taverne. Il y faisait très sombre et il n’y avait pas beaucoup de monde. Elle nous fit asseoir à une table, près de la minuscule piste de danse. En fait, elle s’assit et me fit prendre place sur ses genoux. Je le fis, tout en regardant autour de nous afin de voir si quelqu’un nous observait. Elle se commanda un whisky mais je n’eus droit qu’à un verre d’eau, qu’elle porta à mes lèvres et me fit boire. Elle passa la main sous ma jupe et caressa distraitement le haut de mes cuisses, ce qui me mit au supplice, car je devais me contenir afin de ne pas trop afficher l’effet que ses attouchements me procuraient. Elle me donna de la monnaie et m’indiqua quelles pièces aller mettre dans le juke-box, car elle avait envie de danser. L’appareil se trouvait de l’autre côté de la piste et je m’avançai en sentant tous les regards tournés vers moi − ceux d’un homme installé au bar et d’un homme et d’une femme assis à une table. Je mis la musique qu’elle m’avait dit de faire jouer et je revins à ma place. Lorsque la sélection se fit entendre, elle me dit d’aller danser. J’hésitai, mais elle me souffla à l’oreille : « Tu vas m’obéir. » Alors je me mis à danser, désespérément consciente de ma jupe trop courte et de mon haut trop petit. D’un signe de tête, la directrice m’encourageait à continuer. À mon corps défendant, je dus m’avouer que tout cela m’émoustillait autant que cela m’embarrassait.

À la fin, elle vint me rejoindre et nous dansâmes ensemble, étroitement enlacées. Sa main droite était plaquée dans mon dos, sous le chemiser, cependant que sa main gauche était sur mes fesses, sous ma jupe retroussée. Je me sentis rougir de honte et je fermai les yeux pour ne pas avoir à croiser les regards des autres clients. La dernière des chansons joua, puis le juke-box entonna une musique qui ne plaisait pas à la directrice, alors elle quitta la piste de danse et m’entraîna à sa suite. Au début, j’étais soulagée, je croyais qu’elle m’emmenait aux toilettes − et toute cette eau qu’elle m’avait fait boire m’avait donné envie d’uriner. Mais elle prit plutôt la direction de la sortie, et me conduisit jusqu’à l’arrière du bar, dans un coin qui n’était pas assez sombre à mon goût, éclairé par un gros lampadaire.

« Enlève tes vêtements. »

Je n’obéis pas instantanément. Je me sentis soudain affolée à l’idée de me retrouver nue au grand air. La soirée était tiède et pourtant je frissonnai. D’un geste brusque, elle tira sur mon chemisier et tous les boutons cédèrent en même temps. Cette fois, c’est de peur que je tremblai. Elle s’avança vers moi, menaçante. Elle prit mon menton entre son pouce et son index : « Je vais t’apprendre à obtempérer immédiatement quand je te donne un ordre. »

– Oh, Maîtresse, pardon! S’il vous plaît, ne m’en veuillez pas! »

Elle sembla se radoucir. « Mais je ne t’en veux pas, ma belle. Je veux juste t’éduquer pour faire de toi ma parfaite petite pute. »

Je souris. « Merci, Maîtresse. Je vais tout faire pour m’améliorer.

− Alors, qu’est-ce que tu attends? Déshabille-toi avant que je me fâche ! »

J’enlevai la camisole, la jupe et la culotte. D’un geste du menton, elle me signifia qu’il fallait aussi que je retire mes chaussures. Mais elle me dit de garder mes bas. Je restai là, dénudée et incertaine sur l’asphalte de la cour, attendant ses consignes, serrant les jambes à cause de mon envie d’uriner. Elle s’adossa au mur et me considéra. Je n’osais pas bouger ni parler. Quelqu’un pouvait survenir à tout moment et m’apercevoir, flambant nue dans la nuit trop claire. Elle me regardait et ne disait rien. Soudain, elle se redressa. « Ne t’avise pas de bouger », me lança-t-elle. « Je reviens. J’espère que, entre-temps, tu n’auras pas l’infortune qu’on te surprenne dans cette position ! » Je me mis à trembler comme une feuille.

Elle revint au bout de dix minutes. Elle avait à la main un pichet d’eau. Elle s’approcha de moi. « Penche la tête vers l’arrière. Ouvre la bouche. » J’obéis. Elle fit couler de l’eau dans ma bouche. « Avale. » Je m’exécutai, même si la dernière chose dont j’avais envie à ce moment-là c’était de boire de l’eau glacée. Toute l’eau n’atteignait pas ma gorge. Il m’en coulait sur le menton, sur les joues, le long du corps. Très vite, je ne fus plus du tout capable d’avaler tellement elle versait l’eau rapidement. Mais il restait dans le pichet des glaçons. La directrice m’en mit un dans la bouche et m’en passa un autre sur tout le corps. Elle s’attarda sur mes mamelons, ce qui me parcourut d’une onde frileuse. J’étais trempée jusqu’aux os et mes chaussettes baignaient dans une flaque d’eau. Je tentai de croiser les bras, mais elle m’en empêcha. « Ne croise pas les bras, je déteste ça. » Je pressais mes jambes l’une contre l’autre, mais elle me les écarta et passa un glaçon sur mes grandes lèvres, mes petites lèvres.

Elle fit circuler le morceau de glace partout sur mes muqueuses. Soudain, une chaleur coula sur mes cuisses. Avant que j’aie pu me rendre compte de ce qui se passait, j’urinai sur le glaçon, qui fondit à vue d’œil, dans les mains de la directrice. « Petite malpropre ! » s’exclama-t-elle. Il y avait de la tendresse dans la voix, mais aussi une fermeté inébranlable. « Eh bien, tu sais ce qu’il te reste à faire. » Elle porta ses mains à mes lèvres, m’enfonça les doigts dans la bouche, et je les lui léchai soigneusement. Ses phalanges goûtaient l’urine, la mienne. Je me sentais sale, souillée… excitée.

« Hum, il va falloir te nettoyer. Penche-toi et pose tes mains sur tes cuisses. Garde les jambes droites. Tout ce que je veux voir c’est ton petit cul en face de moi. »

Je lui obéis. J’étais penchée au milieu de la cour du bar, flambant nu, les fesses exposées. Si quelqu’un sortait du bar et contournait l’édifice, mon derrière serait la première chose qu’il ou elle apercevrait.

« Écarte encore les jambes. Voilà. »

Elle fit couler un peu d’eau entre mes fesses. Je fus parcourue d’un nouveau frisson. Mes pieds, enveloppés de chaussettes détrempées et baignant dans l’urine et dans l’eau, étaient glacés. Elle prit un glaçon, et le glissa le long de ma colonne vertébrale, puis vers mes muqueuses. Lorsqu’elle parvint à mon anus, la glace était presque entièrement fondue, alors elle en prit un autre morceau, plus gros, me sembla-t-il, et poussa fort dans mon anus. Mes chairs se comprimèrent sous le froid, mais elle se força un passage. Le glaçon entra dans le trou de mon cul et mes muscles se contractèrent autour. La glace fondit bientôt, mais la sensation de froid subsista un moment. La directrice poursuivit son chemin glacé dans ma chair, jusqu’à mon vagin, où elle inséra en rafale un glaçon, puis un autre et un autre encore. J’avais l’impression de me refroidir du dedans. Elle abandonna un instant mon entrejambe ruisselant et toucha la pointe de mes seins. Mes mamelons étaient durs d’excitation.

Elle se mit à rire. « Tu aimes ce traitement, hein, ma belle petite perverse? Je le savais ! » Elle pinça un de mes seins entre son pouce et son index. Je criai, à la fois de douleur et de plaisir. « Tu vas rester ici et garder cette jolie position qui te va si bien. » Elle passa sa main sur mes fesses. « J’aime ça te voir comme ça, vulnérable, à ma merci. Je reviens dans quelques minutes et malheur à toi si tu as bougé. Je serais très déçue, et tu n’aimes pas lorsque je suis déçue. »

J’entendis ses pas s’éloigner encore une fois. Je restai là, penchée, frissonnant de froid et d’excitation. En sourdine, je percevais les vibrations de la musique venant du bar. De temps à autre, j’entendais des éclats de voix venant de l’avant de l’édifice. Je n’osais pas bouger ou tourner la tête, mais j’avais toujours peur que quelqu’un me surprenne ainsi. Lorsque des pas approchèrent enfin, je crus que c’était la directrice et mon cœur bondit de joie.

« Mais qu’est-ce que tu fais là? » fit une voix d’homme.

Je me retournai d’un coup. Un homme se tenait devant moi, l’air étonné.

« Mais où est-ce que tu te crois? » Il avança vers moi. Machinalement, je reculai, en tentant de cacher mon sexe et mes seins avec mes mains. Je cherchai des yeux mes vêtements, mais ils avaient disparu. Je fondis en larmes.

« Ce… ce n’est pas ce que vous croyez… je… j’attendais… »

La voix de la directrice se fit entendre.

« C’est Sandrine, Michel, une de mes employées?

– Oh, alors vous la connaissez, madame Deloncours?

– Bien sûr. N’est-ce pas qu’elle est jolie, ma nouvelle acquisition? »

La directrice alla derrière ma porte et prit mes vêtements. Elle me tendit la blouse mais, en l’enfilant, je me rappelai qu’elle ne portait plus aucun bouton. Elle me donna aussi la culotte de coton. « Elle adore s’exhiber. C’est une petite perversion que je lui ai découverte. C’est elle aussi qui a fait ça. » Elle désigna la flaque d’eau et d’urine. J’avais si honte! Elle tenait toujours à la main ma camisole, qu’elle fourra dans sa poche, et ma jupe, qu’elle lança dans la flaque. Mes chaussures semblaient avoir disparu. « Sandrine, ma chérie, tu vas nettoyer tes saletés. » Je restai immobile en sanglotant de plus belle. « Allez, fit-elle entre ses dents, nous n’avons pas toute la nuit. » À contrecœur, je m’accroupis. C’était ridicule : j’épongeais une flaque d’eau et d’urine sur l’asphalte du bar! Je m’exécutai pourtant, pleurant de plus belle, frissonnante, mortifiée. Pendant ce temps, la directrice parlait toujours de moi comme si je n’y avais pas été. « Il faut prendre bien soin d’elle. C’est une très vilaine fille. » Elle me tapota la tête. « N’est-ce pas, Sandrine, que tu es une vilaine fille? » J’étais anéantie ! J’ouvris la bouche pour m’expliquer, mais aucun son ne sortit.

« Eh bien, madame Deloncours, il faudra me ma prêter un jour!

− Oh, tu sais, Michel, comment je suis. Je ne partage pas souvent mes jouets, et surtout pas avec des hommes.

− Ah, madame, vous me brisez le cœur », s’exclama l’homme avec une douleur contrefaite.

La directrice se mit à rire. « Allez viens, Sandrine, nous rentrons maintenant. » Je me redressai. Elle salua l’homme qu’elle avait appelé Michel, et nous partîmes en direction de sa voiture. Moi, j’étais encore sous le choc. Je tremblais comme une feuille et je claquais des dents. Avant de me faire entrer dans la voiture, la directrice me fit enlever mes chaussettes imbibées d’eau et d’urine et elle les jeta dans une poubelle. Elle prit une grosse couverture à carreaux et l’étendit sur la banquette arrière. Puis elle me dit de m’y coucher et m’enroula dedans. Elle se glissa à mes côtés et me serra dans ses bras en me murmurant des paroles réconfortantes. « Là, c’est fini, ma belle. Nous allons rentrer chez moi, tout va bien aller maintenant. »

Une fois que nous fûmes rentrées à la maison, elle fit couler sur moi une douche brûlante et me laissa dormir dans son lit, mais à ses pieds, enroulée dans une courtepointe.

En fait, je ne dormis pas beaucoup. Je passais et repassais ma soirée dans ma tête et j’étais confuse. Je me revoyais, nue dans la cour du bar, exposée à tous les regards. Toute cette scène avait été si humiliante! Et, en même temps, par moments, elle m’avait tant excitée! J’avais voulu que la directrice m’avilisse, j’avais goûté ce traitement, je voulais être entraînée plus bas, toujours plus bas. Je goûtais chaque nouvelle humiliation, chaque nouvelle vexation avec tant d’avidité. Je voulais être sa petite pute et me laisser baiser de partout, je voulais être sa petite chienne et manger dans sa main, je voulais être sa chose, sa possession…

Oh, j’avais peur, si peur soudain!

Le lendemain matin, ma décision était prise. Je restai au pied du lit de ma Maîtresse, les yeux grands ouverts, attendant qu’elle se réveille. Une fois que la bonne nous eut apporté le petit déjeuner, j’annonçai mes intentions.

« Maîtresse, fis-je, je suis incapable de vivre ainsi. » Elle était plongée dans son journal. Sans lever les yeux, elle demanda : « Qu’est-ce que tu veux dire?

– Je veux dire que c’est trop. Je veux partir. »

Elle ne laissa transparaître nulle émotion. « Ah bon », dit-elle simplement en continuant de lire. Je ne savais que faire. Je m’étais attendue à de la colère, à une crise, à une quelconque réaction, mais il ne se passait rien.

« J’ai peur, vous comprenez?

− Oui, je comprends.

− Alors, je fais quoi?

– Tu fais quoi? Eh bien, va t’habiller. Je n’ai jamais retenu personne de force. Demande à Marie, elle te donnera les vêtements que tu portais à ton arrivée ici, de même que ta valise. Et aussi ton salaire des trois semaines que tu as passées avec nous, plus une prime de chômage. Dis-lui aussi qu’elle te donne de l’argent pour payer le taxi qui te conduira à la gare. »

C’était tout? Elle n’essayait pas de me raisonner, de me retenir? Sans pouvoir m’expliquer pourquoi, j’étais déçue. J’aurais bien aimé, au fond, qu’elle me convainque, me force à rester. De voir qu’elle me laissait partir si facilement me faisait bien plus mal que tous les coups de cravache qu’elle avait pu me donner. Je me levai et reculai lentement, en bafouillant des explications : « Il faut que vous compreniez. Cela n’a pas été facile pour moi. Je... je ne suis pas comme ça. Et hier soir…

– Ne crains rien. Je comprends. Au revoir. »

La directrice replongea dans son journal. Je marmonnai des adieux. Mais elle ne releva pas la tête.

 

 

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