Chapitre III
Un
e cliente entreprenante

 
 

 

Une partie de la nuit, je potassai la documentation que j’avais trouvée dans ma chambre. Je trouvai entre autres un épais manuel qui relatait l’histoire complète de la famille Deloncours. Celle-ci possédait le ranch depuis sa construction, en 1825. La propriétaire actuelle, Juliette Deloncours, n’avait pas d’enfants, alors la tradition ne pourrait se perpétuer. Pour cette raison, peut-être, elle avait créé une fondation destinée aux enfants autistes et qui était financée à même les profits généreux générés par la maison de repos qu’elle avait ouverte sur le site du ranch. Tout s’éclairait!

Il y avait une photo de la directrice dans le gros livre. Elle y apparaissait de trois quarts, souriant de toutes ses dents blanches sous son teint hâlé, tournant vers la caméra un œil qui me parut coquin. Mes pensées s’égarèrent du côté de son corps, de ses hanches fermes moulées par son pantalon de cuir, de ses seins généreux qui se devinaient sous son chemisier chatoyant. J’aurais aimé glisser ma main entre la fibre et sa peau, et la faire descendre sur sa chair lisse. Je l’imaginais aussi plaquer mon corps sur un mur de l’écurie, saisir mes deux mains et les ramener au-dessus de ma tête, et caresser mes seins en me regardant droit dans les yeux, avec le même regard qu’elle avait eu lorsqu’elle me questionnait dans son bureau, douze heures auparavant.

Ma main descendit jusqu’à ma culotte trop petite et s’insinua jusqu’à mon sexe. Je me mis à me masturber en m’imaginant que c’était elle qui me touchait. Je jouis très vite et m’endormis avec la main dans mon slip.

Le lendemain, j’étais au poste à l’heure prévue. En revenant à ma chambre, la veille, j’avais trouvée une feuille d’instruction préparée par Marie. Elle m’indiquait quel était mon horaire, et aussi comment cette première journée allait se dérouler. Il y avait aussi des renseignements concernant mes fonctions. Je constatai avec soulagement que je n’aurais pas trop à me reposer sur Janine pour savoir ce qu’il y avait à faire.

La veille, les lieux m’étaient apparus très calmes, mais je constatai que le ranch grouillait maintenant de vie. Chacune semblait savoir ce qu’elle avait à faire, alors je fis semblant que je le savais aussi. Je pris ma place dans une rangée d’une vingtaine d’employées, toutes costumées à la western comme moi, les unes portant une salopette de cuir moulante, les autres un pantalon de vachette ajusté, toutes chaussées de bottes de cow-boy à haut talon, mais aucune aussi légèrement vêtue que moi, me sembla-t-il. Machinalement, je tirai sur ma jupe.

Quelques clientes arrivèrent seules. Cependant, contre toute attente (je n’avais jamais pensé qu’on pût amener de la compagnie lorsqu’on vient soigner son mal à l’âme), plusieurs se présentèrent deux par deux. Elles devaient être une trentaine au total. La directrice, bien sûr, était là pour les accueillir. Cependant, elle semblait presque toutes les connaître et les appelait amicalement par leur nom. Nous, les employées, n’avions pas grand-chose à faire, juste à être là à leur présenter l’image la plus avenante possible. Lorsque la dernière pensionnaire fut arrivée, chacune regagna son poste. Je prétendis faire de même, et j’errai sans but dans l’écurie durant toute la matinée. Janine, bien sûr, s’y affairait, mais mon unique tentative de lui offrir de l’aide se solda par un échec. Je m’ennuyai ferme. Et lorsque je me rendis à la cuisine pour y prendre mon repas, je n’y trouvai que la cuisinière et son assistante qui, trop occupées pour engager la conversation, me dirent qu’il y avait des sandwiches au frigo. J’allai mastiquer mon repas à l’ombre d’un arbre, me disant que mon été ne s’annonçait finalement pas aussi excitant qu’il y paraissait.

Au milieu de l’après-midi, cependant, Juliette Deloncours, tout sourire, pénétra dans l’écurie, entourée de clientes. Elle était vêtue comme la veille, sauf que son chemisier, aujourd’hui, était sans manches, laissant apparaître ses bras musclés et ses épaules carrées. Elle avait la peau délicieusement dorée de celle qui passes une partie de ses journées dehors. « Ici, c’est l’écurie. Demain, vous aurez votre première leçon d’équitation. » Elle me fit signe de venir. « Je vous présente Sandrine, votre palefrenière. Si vous avez besoin de quoi que ce soit lorsque vous viendrez aux écuries, c’est à elle qu’il faudra vous adresser. »

Elle les laissa explorer un peu l’écurie puis le groupe repartit. Elle resta un peu derrière et, lorsque la dernière cliente se fut assez éloignée, elle me prit par l’épaule. « Et puis, comment se passe ta première journée? » Je ne voulus pas lui dire que je me sentais un peu isolée, pas plus que je ne jugeai bon de me plaindre de l’attitude de Janine. « Tout va bien, mentis-je. Je m’acclimate lentement.

− Bon, merveilleux. Écoute, si jamais tu as quelque problème, ou si quelque chose ne te semble pas clair, ne laisse pas traîner les choses et viens m’en parler directement. Compris? » Je hochai la tête, mais je n’avais nullement l’intention d’aller pleurnicher dans son bureau au moindre pépin.

Ce jour-là et les suivants s’écoulèrent lentement. Je me sentais toujours aussi seule. Les autres employées travaillaient toutes dans le bâtiment principal ou auprès des pensionnaires et, lorsqu’elles passaient à l’écurie, ce n’était qu’en coup de vent. Je croisais rarement qui que ce soit à la cuisine, à l’exception du personnel qui y était affecté et qui était toujours trop occupé pour faire davantage que me saluer poliment. De plus, j’apercevais rarement mes voisines de cabine, qui, toutes, semblaient se lever beaucoup plus tôt que je ne le faisais et ne jamais rentrer à la même heure que moi. À peine pus-je en saluer une ou deux à l’occasion. Janine, quant à elle, refusait toujours de m’adresser la parole.

Heureusement, la bibliothèque de ma chambre ne contenait pas que la chronique de la famille Deloncours. Au milieu des classiques de la littérature et des romans de science-fiction, il y avait des ouvrages plus osés. Dès le premier soir, c’est vers eux que mon attention se dirigea. Et, dès la première nuit, dans mes rêves, l’histoire des Deloncours vint se mêler aux chastes fantasmes de Lady Chatterley et aux sombres passions d’O, et je me réveillai le sexe humide et la libido en feu, avec dans la bouche le souvenir du parfum du sexe de la directrice.

Dans les faits, je vis rarement la directrice dans les premiers temps de mon séjour au ranch, et toujours à la sauvette. Elle se montrait polie, et même assez chaleureuse avec moi, mais évidemment notre intimité n’allait pas aussi loin que dans mes fantasmes. J’en étais réduite à mes songes torrides et à des séances frénétiques de masturbation au réveil. Je ne voyais pas le jour où je pourrais donner une forme concrète à tous ces fantasmes et, pour tout dire, je n’y croyais pas vraiment. Mais il n’y avait rien de mal à rêver, n’est-ce pas?

Bon, d’accord, je ne faisais pas que rêver. Le deuxième soir, comme je n’arrivais pas à dormir, j’avais décidé de ressortir pour aller me promener. Il n’y avait qu’un mince croissant de lune dans le ciel, et il faisait assez sombre. Délaissant l’avant de la maison et son allée éclairée, j’avais décidé de contourner le manoir par l’arrière, là où j’étais à peu près certaine de ne croiser personne. Le vent tiède agitait les feuilles et la sombre silhouette du manoir qui se profilait dans le ciel nocturne donnait une tonalité gothique à ma promenade. De ce côté de la demeure, seules quelques fenêtres du dernier étage étaient éclairées. Plus le double battant du balcon du premier et, juste à côté, une plus petite fenêtre. De la fenêtre me parvenait un bruit d’eau; quelqu’un, sans doute, prenait sa douche. Soudain, l’eau cessa de couler et je vis sa silhouette. Plus que sa silhouette, en fait : c’était la directrice, complètement nue et ruisselante. J’aurais dû m’éloigner, bien sûr, et éviter de jouer les voyeuses. Mais c’était plus fort que moi. Je restai là à la regarder aller et venir tranquillement dans sa salle de bain, puis dans ce que je devinai être sa chambre. Elle s’approcha des portes du balcon pour les refermer et j’eus peur qu’elle m’aperçoive, mais évidemment l’obscurité me dérobait aux regards. Je demeurai à l’observer, en proie à un grand émoi et à une certaine excitation que je sentais poindre entre mes jambes. J’y restai tant que sa lumière fut allumée, et l’image de son corps bronzé et musclé se grava dans ma tête et vint nourrir mes rêves d’une nouvelle provision de scènes torrides.

Mes jours aussi me laissaient tout mon temps pour rêvasser. J’avais rapidement découvert que je n’avais pas grand-chose à faire, sinon être présente lorsque les clientes venaient à l’écurie. Je leur amenais le cheval qu’on leur avait assigné pour la durée de leur séjour, ou alors je leur fournissais le matériel nécessaire au soin de l’animal. Ce n’est pas moi qui allais faire des randonnées avec elles, pour cela, nous avions une accompagnatrice. Ce n’est pas moi non plus qui prenais soin des chevaux : comme la directrice me l’avait dit, c’est Janine qui en avait la responsabilité. Oui, en effet, comme on me l’avait avoué, j’étais réduite à l’état d’objet − joli ou non, ce n’était pas à moi de le dire.

Certaines clientes étaient bizarres et, vraiment, c’était une bien drôle de maison de repos que celle où je me trouvais. Une maison de repos où régnait une intense activité… Celles qui étaient en couple semblaient toutes plus ou moins s’accommoder de rapports étranges. Il y avait un duo de femmes dont l’une allait toujours à cheval, au pas, mais parfois aussi au trot, tandis que l’autre suivait à pied. Celle-ci gardait toujours les yeux baissés en présence de sa compagne et j’avais même aperçu des marques dans son dos et à ses poignets. Pourtant, elle avait toujours l’air heureuse, et rayonnait lorsque l’autre femme l’emmenait en promenade. J’avais aussi surpris un couple, dans une des stalles vides, en train de faire l’amour alors qu’une des femmes était retenue à la barrière par des harnais de cuir. Je pense que celle qui se trouvait face à moi − celle qui était attachée − m’avait aperçue, car j’avais cru la voir qui me souriait avant de refermer mes yeux, en proie à une extase que je lui enviai. Je me demandai quel effet cela me ferait de me retrouver ainsi immobilisée, nue dans des lanières de cuir, et de me faire caresser par la directrice. Cependant, je chassai tout de suite cette idée parce qu’elle m’excitait trop… tout en me promettant de la raviver une fois revenue dans l’intimité de ma chambre. Une autre femme aimait monter nue sur un cheval sans selle – on lui avait attribué le cheval le plus doux − et j’aimais bien voir son corps bercé par le mouvement de l’animal. Et une autre arrivait toujours, même sous le soleil brûlant, vêtue d’un ensemble noir et brillant qui la recouvrait de la tête aux pieds. J’aimais l’aider à monter en selle et à effleurer son corps comprimé par le vinyle, sentir la douceur du matériau sous mes mains. Cette femme était belle à regarder tandis qu’elle s’éloignait, chevalier sombre faisant corps avec sa monture.

C’est cette femme qui compliqua tout.

Un jour, au retour de sa randonnée, alors que je l’aidais à redescendre de cheval, elle s’écroula dans le sable de la cour. Elle n’était pas évanouie, cependant, et me répondit lorsque je lui demandai si elle m’entendait. Supposant qu’elle devait être victime d’un coup de chaleur, je l’aidai à se relever et l’entraînai dans la fraîcheur relative de l’écurie. Puis je l’étendis sur la paille. Je détachai son corsage et son pantalon moulants, révélant ses chairs humides et brûlantes. J’allais me relever pour lui rapporter de l’eau, mais elle reprit vie. Elle m’attira vers elle et, avant que j’aie pu prendre conscience de ce qui m’arrivait, elle m’embrassa. Puis, dans un geste qui ne laissait rien transparaître de l’état de faiblesse dans lequel elle s’était trouvée la minute d’avant, elle se redressa et me renversa sous elle. Tout en m’immobilisant les bras au-dessus de la tête, elle plaqua sa main libre sur ma bouche. « Pas un mot », m’ordonna-t-elle. Et son ton assuré et sans réplique m’excita inexplicablement. Lentement, elle retira sa main, et lorsqu’elle fut certaine que je ne me mettrais pas à crier, elle fit descendre ses doigts jusqu’à ma jupe, qu’elle souleva, et elle glissa sa main dans ma culotte. J’entendis le coton craquer.

Elle sourit et murmura : « Ah, je vois que tu étais prête à être cueillie », s’exclama-t-elle. Et, en effet, à mon corps défendant, je m’aperçus que mon entrejambe était tout humide. « C’est une chose de me peloter en douce à travers le vinyle, mais c’en est une autre de m’avoir sur toi, prête à abuser de ton corps, hein? » J’aimais comment elle me parlait, et sa présence, tout contre moi, éveillait mes sens. Néanmoins, je savais que je n’avais pas le droit d’aller plus loin. J’en avais même déjà trop fait. J’essayai de me dégager, mais elle me maintint plus fermement contre le sol, en retenant mes deux poignets avec ses deux mains, et en plaquant cette fois son genou entre mes jambes. Elle était étonnamment forte, et je me sentais faiblir sous elle. Elle se mit à faire aller et venir son genou sur mes lèvres dénudées sous la culotte à moitié déchirée. Je serrai les dents pour ne pas laisser échapper un soupir de contentement. Plus je regardais la cliente et plus je lui trouvais une certaine ressemblance avec la directrice. Je n’avais qu’à fermer les yeux, et c’était Juliette Deloncours que j’imaginais sur moi, explorant ma chair. Malgré moi, je sentais mon corps se trémousser et partir à la rencontre de ces caresses imposées. Lorsqu’il devint évident que j’étais bien excitée, cependant, le geste s’interrompit. « Maintenant, il faut que tu m’amènes là où tu es, sinon, ce n’est pas du jeu. »

Son corps remonta le long du mien en ondulant, de sorte que sa vulve fut bientôt à la hauteur de mon visage. Sa chair humide se plaqua sur ma bouche. Ses mains écartèrent son pantalon. « Lèche-moi. » Elle resserra ses cuisses autour de ma tête, l’emprisonnant dans un étau. Je n’eus d’autre choix que de m’exécuter. Avec d’autant moins de réticence que j’en avais bel et bien envie! Son sexe, longtemps prisonnier du vinyle, dégageait une odeur de fruit mûr. Je le léchai consciencieusement, goûtant sa saveur qui rappelait celle d’une pêche laissée trop longtemps au soleil. Bientôt, sous l’effet de ma langue, il ruissela sur ma figure. « Bon, ce n’est pas mal. Je ne me plaindrai pas trop de tes services auprès de la direction. » La femme se releva, me laissant avec mon désir inassouvi.

J’allais ouvrir la bouche pour protester, mais je me retins. Mieux valait ne pas trop insister après ce que j’avais fait. La femme s’éloigna sans se retourner, me laissant sur la paille à respirer profondément pour calmer la fièvre mon sexe. Je sentais mon sang battre dans ma vulve et j’étais en proie à un désir brûlant. Finalement, je n’y tins plus. Fébrile, j’arrachai ce qui me restait de culotte et je me masturbai furieusement. « Oh, madame la directrice, s’il vous plaît, baisez-moi », suppliais-je pour moi-même. Puis je jouis et ma cyprine alla détremper la paille sous moi.

Lorsque je rouvris enfin les yeux, j’aperçus Janine qui m’observait. Peut-être même n’avait-elle rien perdu de toute la scène. Je me redressai vivement en brossant la paille qui se collait à mes vêtements et en tirant sur ma jupe afin de masquer mes fesses désormais nues.

 

 

Chapitre précédent

Retour à la table des matières

Chapitre suivant

Toute reproduction interdite sans le consentement de l'auteure.
zibeline ©2003-2006