Autres fictions

   
   

Chaînes

   
 

 

 

 

Vous m'avez ordonné de me déshabiller et de ne garder que mon collier, celui qui montre que je vous appartiens. Me voilà donc nue devant vous et doublement exposée parce que, vous, vous avez gardé vos vêtements de ville. Vous me regardez longuement, de ce calme regard qui me parcourt de frissons. Je reste là, debout, exhibée devant vous, le corps et les joues en feu. Enfin, vous me faites asseoir au bord du lit et je vous obéis docilement, écartant bien les cuisses comme je sais devoir le faire. Vous me contemplez d'un air satisfait, en laissant durer l'instant. Vous posez les mains de chaque côté de moi et vous penchez la tête vers mon visage. Glissant votre bouche jusqu'à mon oreille, vous murmurez: «J'ai des projets pour toi, ma pute, est-ce que tu as envie de les connaître?» Je murmure un «oui Maîtresse», le souffle coupé par l'émotion de l'anticipation, le ventre envahi par une excitation brûlante. Votre poitrine effleure mes seins, votre souffle est chaud dans mon cou, tout en moi se tend vers vous. Vous vous redressez et promenez votre regard sur mon corps frémissant, sur l'intérieur de mes cuisses qui commence à se mouiller.

Vous me dites de placer les bras devant moi. Vous allez fouiller dans une armoire et vous revenez avec une longue chaîne et un cadenas, que vous enroulez autour de mes poignets, jusqu'à ce que ceux-ci soient bien immobilisés, puis vous y fixez le cadenas. Ensuite, vous exercez une petite pression sur mes épaules du bout de vos doigts, et je sais qu'il me faut m'étendre sur le lit, ce que je fais. Vous prenez l'extrémité de la chaîne qui retient mes poignets et, doucement, vous me faites lever les bras au-dessus de ma tête, pour les y attacher. Mes seins se raidissent dans ce mouvement de mon corps, et se remplissent d'attente. Vous passez le revers de votre main sur ma joue: «Tu as envie que je me serve de ton corps, hein, n'est-ce pas, petite pute soumise?» Encore une fois, c'est la gorge serrée que je murmure: «Oui Maîtresse». Et tout mon corps est inondé de désir au moment où je prononce ces simples mots. Vous bouclez des bracelets d'acier à mes chevilles, que vous fixez au pied du lit, et mon corps palpitant se retrouve immobilisé, à votre merci. Je soupire, me languissant d'être touchée, manipulée et, oui, utilisée.

Vous ne le faites pas tout de suite. Vous vous agenouillez près de moi sur le lit et vous vous contentez de me détailler, savourant mon impuissance. Je vous regarde aussi, et je sais que j'ai les yeux d'une chienne fidèle, d'une enfant obéissante, d'une guerrière qui a capitulé depuis longtemps devant sa conquérante. Mon corps se meurt d'être touché par vous, mon corps existe pour cet instant où votre peau entrera en contact avec la mienne. Vous le savez, je crois, et c'est pourquoi vous ne me touchez pas encore. Et lorsque vous le faites, c'est du bout des doigts, au hasard, sur mon ventre, comme si vous évaluiez le grain de ma peau. Je retiens un gémissement d'impuissance et je m'abandonne à cet ersatz de caresse qui éveille le désir plutôt que de l'étancher. Vos doigts caressent mes bras enchaînés et je me tords dans mes liens.

Vous penchez votre visage vers le mien et vous l'effleurez. Vous passez vos joues, votre bouche, sur toute ma figure, vous vous caressez la bouche et les joues sur mon visage, sur mes lèvres qui s'entrouvrent. Vous pincez mes joues entre votre pouce et votre index pour me faire ouvrir la bouche plus grand, et vous glissez votre langue en moi, la faisant circuler à l'intérieur de mes joues, sur ma langue, sur mon palais. Vous vous redressez et vous étirez un bras vers la table de chevet. Vous en sortez un bâillon ouvert que vous bouclez à la hauteur de ma nuque. Je me retrouve la bouche béante devant vous. Vous me regardez d'un air impassible, mais où je crois déceler une certaine satisfaction. Lentement, vous passez un index et un majeur sur mon visage, vous attardant sur mon front, sur mes tempes, sur mes paupières, sur les ailes de mon nez, sur mes joues, sur mon menton, et finalement sur mes lèvres distendues par le bâillon. Vos doigts s'immiscent dans ma bouche, ils explorent mes joues, palpent ma langue. Cela m'excite, j'ai l'impression que ma bouche est un objet chaud et humide que vous vous amusez à tripoter.

Vous déboutonnez votre chemisier, puis vous posez vos seins sur ma figure, les promenant partout sur ma peau, à votre guise. À travers la dentelle, vos mamelons se caressent sur mon visage, ce toucher me remplit d'excitation, mais je ne peux que le subir. Vous passez un mamelon, puis l'autre, sur mes lèvres, faisant monter d'un cran mon désir. Je voudrais prendre vos seins dans ma bouche, les aspirer et les titiller avec ma langue, mais évidemment cela m'est interdit. Vous me demandez si j'aime avoir vos seins sur ma bouche, si j'aimerais les avoir dans ma bouche, et j'aurais envie de crier que oui, je les accueillerais tout entier si cela m'était donné, mais je ne peux que m'agiter désespérément, souhaitant que vous comprendrez ma faim de vous. «Je veux que ta langue donne du plaisir à mes seins, ma putain, est-ce que tu crois que tu es capable de faire cela? Est-ce que tu le désires?» Encore une fois, je hoche la tête en signe d'acquiescement, et ma langue part à la rencontre des seins de ma Maîtresse. J'agite la langue afin de vous donner du plaisir, mais c'est vous qui faites bouger vos seins dans ma bouche, qui décidez du lieu et de l'intensité de la caresse. Oh, comme je voudrais téter vos seins, les pincer entre mes lèvres, les mordiller avec mes dents, les lécher tout entiers, et aussi les prendre dans mes mains, les palper, les pétrir. Mais le bâillon et les chaînes font de moi votre instrument docile, celui dont vous vous servez pour prendre ce qu'il y a à en tirer. Une fois que vous vous êtes bien servie de ma langue, vous vous redressez et me contemplez à nouveau.

Tout mon corps est raidi dans ses liens, toute ma peau souhaite que vous partiez à sa conquête. Vous lécher a nourri mon excitation, lui a fait atteindre un nouveau plateau. Ma peau frissonne, mes propres seins quémandent votre attention, pointés dans votre direction, mon sexe se lubrifie un peu plus encore au cas où il vous prendrait l'idée de le visiter. Vous glissez lentement vos mains sur mon corps, puis, sans crier gare, vous pincez mes mamelons. Je réprime un cri. Vous les pressez fermement entre votre pouce et votre index, faisant rouler la chair, et je ressens une brûlure cruelle et délicieuse dans toute ma poitrine. Vous tirez sur mes seins, vous les remuez dans tous les sens, et la chaleur se répand jusqu'à mon ventre. Je voudrais que vous les serriez encore plus fort, que vous imprimiez votre douleur dans ma chair, qu'elle y survive un peu, et soudain je ressens une douleur cuisante et mes mamelons se retrouvent pincés entre deux pièces de métal réunies par une vis et jointes l'une à l'autre par une chaîne. Vous tendez cette chaîne et l'accrochez à mon bâillon, ce qui tire mes seins vers le haut. Vous caressez le dessous de mes seins, remontant jusqu'à mes mamelons distendus, puis vous saisissez leur base entre vos doigts et serrez. Mon corps se cambre et je gémis.

Vous interrompez vos attouchements et vous me regardez. Je ne peux parler à cause du bâillon, mais mon regard vous supplie de continuer de me tourmenter. Vous vous levez et aller chercher un instrument dans l'armoire. Lorsque vous revenez, je constate que c'est un petit martinet. Je suis parcourue d'un frisson. Vous remontez dans le lit, mais, cette fois, vous vous mettez à califourchon sur mon corps à la hauteur de mon bassin et vous promenez les lanières du martinet de mon ventre à mes seins, lentement, d'une manière qu'on pourrait croire erratique -- mais je sais que vos gestes sont calculés. Vous reprenez la chaîne qui unit mes mamelons aux pinces, et vous tirez mes seins vers le plafond. Avec le martinet, vous en faites le tour, tout doucement. Puis vous commencez à les frapper de votre instrument. Pas très fort. Mais je sais que l'accumulation des coups finira par mettre mes seins en feu. Vous les flagellez de manière consciencieuse, comme s'ils étaient une toile à couvrir. Vous les colorez graduellement, répandant peu à peu la chaleur dans ma poitrine. Tout en tenant mes seins bien à la verticale, vous frappez et frappez encore, rougissant la peau déjà rougie, et la poitrine me brûle et distille la jouissance et la souffrance dans tout mon torse, jusqu'à mon sexe.

Soudain, vous cessez de torturer mes seins et vous retirez les pinces d'un coup, et mes mamelons s'enflamment. Vous vous redressez et vous retournez, afin d'être encore à califourchon sur moi, mais cette fois en retroussant votre jupe et en posant votre sexe sur mes seins. Vous glissez un de mes mamelons douloureux jusqu'à votre clitoris et vous remuez le bassin, imprégnant de votre désir mes seins en feu. En même temps, vous n'avez pas lâché le martinet et vous vous en servez maintenant pour flageller mes cuisses, mon pubis, ma vulve. Sous la morsure du cuir, mon sexe s'enflamme et se mouille tout à la fois. Cette fois, je ne peux réprimer un long gémissement. Tout en faisant aller et venir votre vulve sur mes seins à vif, vous continuez à torturer ma chatte, vous la fouettez sans cesse de votre martinet. Tout mon corps est excité, je me sens touchée jusque sous la peau, jusqu'au derme et au-delà. Je vous supplie de ne pas vous arrêter, de continuer jusqu'à me faire jouir, mais les paroles sortent déformées de mon bâillon. Mais vous m'avez comprise ou devinée, ou alors vos projets ont croisé mes désirs, car vous ne cessez pas de répandre votre feu sur mon corps, de badigeonner mes seins de vos fluides apaisants. «Jouis, pute, pendant que je te fouette. Jouis pour moi, jouis en même temps que moi.» Mon excitation grimpe encore, je suis au bord de l'orgasme, et je sens que vous l'êtes aussi. Votre martinet blesse mon sexe et caresse mon désir tout à la fois, et au milieu de cette brûlure, dans cette douleur qui me déchire, vous mettez la main, vous enfoncez votre instrument jusqu'à la garde, vous faites aller et venir le manche du martinet en caressant mon clitoris de votre main libre, en frottant votre sexe sur mes seins, et je vous sens venir, et je viens aussi, très vite, très fort, très longtemps, en même temps que vous, en communion avec vous, mon sexe se liquéfie entre vos mains qui s'y imposent, au moment même où le vôtre inonde la poitrine qui vient de lui servir, je jouis au moment précis où vous le désirez, ma Maîtresse, vous qui me possédez depuis toujours et qui venez encore de me posséder.

 

 

 

 

 

Une version de ce texte a paru
sur le site de l'Éprouvette
(note: malheureusement,
ce site a maintenant fermé boutique).

         
   

Retour à la table des matières

   

Toute reproduction interdite sans le consentement de l'auteure.
zibeline ©2004-2006